A Quoi Servent les Dividendes en Bourse (Sont-ils Inutiles) ?

Par TEAM Richbourse, le 18 Mars 2024



A QUOI SERVENT LES DIVIDENDES EN BOURSE (SONT-ILS INUTILES) ?

A Quoi Servent les Dividendes en Bourse (Sont-ils Inutiles) ?

La majorité des investisseurs ne comprennent pas très bien à quoi servent les dividendes en bourse (ni leur mode de fonctionnement).

Dans cet article, je voudrais revenir sur une idée reçue concernant les dividendes, et sur une série d’arguments très utilisée (souvent par les investisseurs de croissance ou les traders), pour « taper » sur les investisseurs de rendement.

-----

Il y a en général 3 profils que vous rencontrerez :

  • Le profil « débutant », qui pense que les dividendes sont une sorte de bonus gratuit distribué par les entreprises (ce qui est faux).
  • Le profil « intermédiaire », qui réalise que le dividende est en fait « détaché » du cours de l’action, et qui en déduit que les dividendes « ne servent à rien » (ce qui est faux aussi).
  • Le profil « avancé » qui comprend exactement pourquoi une entreprise paie (ou non) un dividende (et comme nous allons le voir ici, le sujet est plus complexe qu’on ne peut le penser).

La plupart des gens sont bloqués au stade « intermédiaire », et utilisent cet argument pour dire que les dividendes « sont inutiles » en bourse (ce sont aussi ceux qui sont les plus intimement convaincus qu’ils ont raison, ce qui est à mon sens un cas classique d’effet Dunning-Kruger).

Mon but avec cet article, c’est de vous faire passer directement au stade avancé.

Partie 1 : A quoi servent les dividendes en bourse ?

Commençons par le commencement, en rappelant quel est le but initial de toute entreprise : faire des profits.

Pour les entreprises qui atteignent avec succès cet objectif (c’est loin d’être le cas de toutes celles cotées), celles-ci se retrouvent alors assises sur une grosse pile de cash, dont elles doivent ensuite décider quoi faire.

Si vous êtes une entreprise à succès, vous avez généralement deux options :

  • Réinvestir les bénéfices générés (pour croitre plus vite)
  • Distribuer les bénéfices générés (sous forme de dividendes ou de rachats d’actions)

Beaucoup d’investisseurs partent alors du principe que distribuer un dividende constituerait une sorte « d’opportunité manquée » pour l’entreprise de réinvestir dans sa propre croissance (option qui rapporterait plus d’argent à l’entreprise et aux actionnaires).

Et qu’en plus, cela ne sert à rien pour les investisseurs car le dividende est « détaché » du cours de l’action, pour plus d’infos à ce sujet n’hésitez pas à relire mon article sur le détail des mécanismes d’un versement de dividendes.

Après tout, cela semble logique non ? Comment une entreprise qui ne réinvestit pas ses bénéfices pourrait concurrencer une entreprise qui réinvestit tout le cash généré sur elle-même ?

Le problème ici, c’est que l’idée initiale « d’opportunité manquée » est complètement fausse, et que les choses sont en fait bien plus compliquées que cela.

Les grosses entreprises sont loin d’être bêtes, et si elles choisissent de distribuer plutôt que d’investir, c’est qu’elles ont la plupart du temps de bonnes raisons de le faire. Voyons cela dans la suite.

Partie 2 : Rentabiliser au mieux son cash (ce n’est pas simple)

Reprenons l’exemple ci-dessus. Supposons que vous soyez une entreprise qui a généré de gros bénéfices l’an dernier.

Il faut s’avoir qu’usuellement, les investisseurs n’aiment pas les entreprises qui restent assises sur des piles de cash importantes. Car le cash ne rapporte rien (il se fait simplement dévorer par l’inflation), et que la plupart des investisseurs apprécient une entreprise qui maximise la rentabilité qu’elle est capable de générer.

La logique serait donc de l’investir. Soit en recherche et développement (pour créer de nouveaux produits), soit en marketing, ou dans tout autre secteur pouvant maximiser au mieux la rentabilité. Le problème, c’est que l’entreprise doit être capable de réinvestir ce cash à un taux supérieur à son ROE (return on equity).

Pourquoi ? Illustrons cela avec un exemple simple. Imaginez une entreprise qui croit en moyenne de 10% par an (et qui a généré une pile de cash toute fraiche qu’elle doit mettre au travail). Elle a le choix entre 2 options :

  1. Le projet de R&D numéro 1 lui rapportera (selon ses estimations) 8% par an
  2. Une distribution du cash généré à ses actionnaires

Si l’entreprise choisit le projet numéro 1, elle fait en fait perdre de la rentabilité à ses actionnaires, car le projet à 8% offre une rentabilité inférieure à son ROE de 10%. Pour que le réinvestissement soit rentable, il faut donc que les nouveaux projets aient un taux de rendement supérieur à son ROE.

Et le problème, c’est que cela n’est pas toujours facile à faire.

Partie 3 : Investir ou distribuer des dividendes ?

Constatant que la question des réinvestissements (ou non) était délicate en bourse, de nombreux papiers de recherche ont décidé d’étudier quelles entreprises sont les plus profitables ? Les entreprises qui réinvestissent le plus ? Ou celles qui distribuent le plus ?

Intuitivement la plupart des investisseurs se disent « celles qui réinvestissent le plus » , car ils ignorent les difficultés à rentabiliser leur cash que peuvent rencontrer les grosses sociétés.

Seulement, les données nous disent exactement l’inverse : les entreprises qui réinvestissent le plus sont celles qui ont (en moyenne) les plus faibles rendements.

Ces résultats ont été confirmés par plusieurs papiers de recherche, entre autres (parmi les plus clairs à ce sujet), le papier intitulé « Capital investment and stock returns » de Titman, Wei et Xie, donc voici un extrait : « Les firmes qui dépensent le plus en capital investissement en proportion de leurs ventes et de leurs actifs totaux ont tendance à avoir des rendements ajustés négatifs par rapport à leur indice de référence » Titman, Wei, Xie

A noter ici que l’explication proposée est que les firmes qui ont les montants d’investissement les plus élevés « tendent à surinvestir » , ce qui renvoie à l’idée d’une mauvaise utilisation du cash généré évoquée dans le point précédent.

Si vous n’êtes pas convaincu par ce seul papier, en voici un autre, cette fois ci d’Eugene Fama (prix nobel d’économie) et Kenneth French, qui ont décidé de réviser leur modèle de référence pour y inclure le facteur « investissement » lorsqu’ils ont réalisé à quel point cette variable avait un impact significatif sur les rendements : « Dans tous les échantillons étudiés, les rendements moyens des portefeuilles placés dans le quintile d’investissement le plus bas sont bien plus hauts que les rendements des portefeuilles placés dans le quintile d’investissement le plus haut. » Fama/French

Difficile d’avoir meilleure source qu’un prix nobel d’économie, et comme vous le voyez ici : réinvestir massivement est loin d’être la meilleure option. En fait, c’est plutôt l’inverse (ce qui nous donne déjà quelques éléments solides pour expliquer à quoi servent les dividendes en bourse : tout d’abord, à ne pas gaspiller le cash généré).

Partie 4 : Raisons et explications potentielles

Beaucoup de pistes ont été explorées pour tenter d’expliquer pourquoi cette relation négative entre investissements et rendements existait.

Il s’avère que pour beaucoup d’entreprises, il peut être difficile de répliquer l’avantage comparatif qu’elles ont réussi à développer sur un produit ou service spécifique, et de le transposer à d’autres secteurs (avec un taux de rentabilité égal ou plus élevé).

Un exemple concret : si Coca Cola décidait de développer un nouveau soda « révolutionnaire », il aurait peut-être une rentabilité inférieure à l’option de simplement continuer à vendre une énième variante de Coca. Parce que Coca est Coca, et qu’on ne peut pas « simplement » arriver aux ventes et au « pricing power » du produit avec de l’eau gazeuse sucrée.

Autre explication : les faibles dépenses peuvent aussi être indicatives d’un secteur générant un très haut ROE avec une faible intensité capitalistique (les business préférés d’investisseurs tels que Warren Buffett). Pensez par exemple aux secteurs (certes controversés) du tabac ou de l’alcool : vous n’avez pas besoin d’une grosse R&D pour être rentable.

Quelle que soit l’explication avancée, tout cela nous dit que ceux qui pensent que faire le choix de distribuer le cash est « stupide » font fausse route : parfois (souvent), quand vous êtes une grosse société : il s’agit tout simplement de la meilleure option disponible.

Conclusion

Les dividendes ne sont pas « bons ou mauvais » en bourse. Et des réinvestissements plus élevés ne sont pas synonymes de rendements plus élevés (au contraire).

Historiquement, la majorité des entreprises échouent spectaculairement à utiliser leur cash de manière efficace, et feraient mieux de le distribuer sous forme de dividendes ou de buybacks.

Le vrai débat ici n’est donc pas sur le sujet de savoir si les entreprises qui paient des dividendes sont meilleures ou non, mais de comprendre pourquoi elles le font, et si elles prennent les meilleures décisions possibles avec le cash qu’elles génèrent.

 

Source : Plus-riche.com

TEAM Richbourse
Le manque d'éducation financière ou la méconnaissance des véritables véhicules d'enrichissement sont souvent à la base de la plupart des difficultés financières rencontrées. Spécialisé dans le conseil et l'interprétation objective de la santé financière des sociétés cotées de la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières), notre objectif est de vous faire découvrir les bases de l'indépendance financière par la bourse.


ARTICLES CONNEXES



1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE



C
CheickA225  17/05/24 - 17:59

Très bel article, merci de continuer à nous éduquer. J'envoie de la force à toute l'équipe pour que vous continuiez à puiser la force de produire du bon travail.

J'aime

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier