Société Générale CI : dividende en hausse, mais croissance en baisse du PNB et du RN

Par TEAM Richbourse, le 12 Février 2025



Société Générale CI : dividende en hausse, mais croissance en baisse du PNB et du RN

Société Générale CI : dividende en hausse, mais croissance en baisse du PNB et du RN

(Agence Ecofin) - Avec une politique de distribution généreuse et une rentabilité toujours positive, SGCI maintient une position de leader en Côte d’Ivoire. Mais la hausse du coût du risque, la pression sur les marges et l’intensification de la concurrence imposent un autre rythme à sa croissance.

Avec un résultat net (RN) record de 101,2 milliards FCFA (159 millions $) en 2024, Société Générale Côte d’Ivoire (SGCI) renforce sa politique de distribution aux actionnaires, en leur reversant plus de 57% de ses bénéfices. Si le dividende grimpe de 8,4% à 1863 FCFA par action, la croissance du produit net bancaire ralentit fortement et la rentabilité est mise à l’épreuve par un environnement de plus en plus compétitif. Décryptage des chiffres et des tendances qui dessinent le futur de la filiale ivoirienne du groupe bancaire français.

Un dividende en forte hausse pour séduire les investisseurs

Avec un taux de distribution en progression de 2,25 points, SGCI se positionne parmi les banques les plus généreuses de la région. En cinq ans, le dividende a été multiplié par 4,5, passant de 368,3 FCFA en 2020 à 1863 FCFA en 2024, une évolution bien supérieure à la croissance du résultat net (+108% sur la période). Un signal fort envoyé aux actionnaires, alors que la capitalisation boursière de l’établissement sur la BRVM dépasse désormais les 690 milliards FCFA. Avec un des rendements les plus élevés sur la BRVM, la banque consolide son statut de valeur refuge pour les investisseurs qui recherchent du rendement.

Ce choix ne doit rien au hasard. Dans un contexte où les investisseurs scrutent la rentabilité des institutions financières, SGCI s’inscrit dans une dynamique d’attractivité boursière. Son bénéfice net par action (BNPA) est en constante progression. Il a atteint 3254 FCFA en 2024, en hausse de 4,1%. A titre de comparaison, il était de 2167 FCFA en 2021 et de 3125 FCFA en 2023.

Une croissance qui ralentit après des années d’expansion rapide

Si les résultats de 2024 restent en hausse, la dynamique de croissance s’essouffle après trois années particulièrement performantes. Le PNB, qui mesure les revenus de la banque, a progressé de 3,9% à 263,2 milliards FCFA, une performance bien en deçà de la moyenne des quatre dernières années (+12,2% par an entre 2020 et 2023). Cette décélération est d’autant plus marquée que le PNB a bondi de 17,8% en 2023 et de 13,7% en 2022.

Cette modération des revenus s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la marge nette d’intérêts, principale composante du PNB, a progressé de 12%, bien qu’elle ait subi une pression en raison d’un environnement de taux plus volatil et d’une forte concurrence sur le marché du crédit. Ensuite, les commissions nettes, qui représentaient 34,8% du PNB en 2023, ont reculé de 8% sur un an. 

La Banque espère d’ailleurs qu’en 2025, « le développement des commissions, lié au développement d’expertises rares sur le marché ou sur lesquelles l’appartenance au groupe SG, procurera à Société Générale Côte d’Ivoire un avantage compétitif (Financements structurés, Salle de marché, Trade finance) ». 

D’ailleurs, elle a nettement augmenté ses investissements en obligations et autres titres à revenu fixe en 2024. L’encours a bondi de 10,3 milliards FCFA en 2023 à 64,5 milliards en 2024, soit une multiplication par plus de six en un an.

Parallèlement, le résultat brut d’exploitation a progressé de 10,7% à 163,5 milliards FCFA, grâce à une maîtrise des coûts opérationnels. Les frais généraux, qui avaient augmenté régulièrement ces dernières années, ont diminué de 5,6% à 99,7 milliards FCFA, ce qui entraîne une amélioration du coefficient d’exploitation de 41,7% en 2023 à 37,9% en 2024. Ce gain de productivité est le fruit d’un effort continu d’optimisation des processus et d’une accélération de la digitalisation des services bancaires, indique la banque qui reste le leader du marché local avec 20% de parts de marché sur les crédits et 16% sur les dépôts. 

Un coût du risque en forte hausse, symptôme d’une qualité de crédit qui se dégrade

L’un des principaux défis auxquels SGCI fait face est la dégradation de son portefeuille de crédits. En 2024, le coût du risque a bondi de 31% à 36,2 milliards FCFA, après une hausse de 47,9% en 2023. Cette trajectoire est tributaire d’une augmentation des créances douteuses. Le taux de « non-performing loans (NPL) » est passé de 6,8% à 7,5% en un an.

Cette situation a un double impact sur les résultats de la banque. D’une part, la hausse des provisions réduit la rentabilité nette, et oblige l’établissement à consacrer une part croissante de ses revenus à la couverture des risques. D’autre part, la baisse du taux de couverture des NPL, passé de 95% en 2023 à 84% en 2024, montre que SGCI provisionne désormais moins ses créances douteuses par rapport à leur encours total, une stratégie qui pourrait se révéler risquée en cas de détérioration économique prolongée. D’autant que malgré une croissance du PIB ivoirien autour de 6,5% en 2024, les tensions sur les liquidités et les défis liés à l’inflation ont pesé sur la solvabilité des entreprises et des ménages.

Liquidité sous tension, baisse de la croissance de la collecte des dépôts 

Autre signal à surveiller : le ralentissement de la collecte des dépôts. En 2024, les dépôts de la clientèle ont progressé de 1,2% à 2747,5 milliards FCFA, contre +8,2% en 2023 et +6,7% en 2022. 

Pour compenser cette modération de la collecte, SGCI a eu recours à un financement interbancaire plus important, ce qui a fait grimper ses dettes interbancaires de 55,7% à 262,5 milliards FCFA. Si cet ajustement permet d’assurer la liquidité à court terme, il renchérit le coût du refinancement, d’autant que les coûts globaux d’accès au marché interbancaire ont atteint entre 6 et 7% l’année dernière, d'après les données de la BCEAO, alors qu’au guichet hebdomadaire de la banque centrale, l’accès à la ressource de très court terme se situait autour de 5,5%. 

D’un autre côté, la dynamique des encours de crédits reste positive. Ceux-ci progressent de 3,3% à 2474,6 milliards FCFA. Résultat : le « Loan-to-Deposit Ratio » atteint 90% contre 88,2% en 2023, signe que la banque accorde davantage de crédits, malgré un marché moins liquide.

Une concurrence féroce 

Le marché bancaire ivoirien est devenu ultra-compétitif, avec des banques régionales et panafricaines qui viennent défier les filiales des grands groupes français. Coris Bank International, NSIA Banque, Ecobank, la SIB et BOA Côte d’Ivoire montent en puissance et grignotent des parts de marché, notamment sur le segment des PME et du retail. Ces banques poursuivent leur expansion, en captant des parts de marché avec des offres agressives sur les taux de crédit et des solutions digitales adaptées aux besoins d’une clientèle de plus en plus exigeante.

Parallèlement, les fintech comme Djamo, Julaya, ou Wave, captent une part croissante des paiements, et des solutions d’épargne mobile. Cette nouvelle donne remet en question le modèle des banques traditionnelles, contraignant SGCI à accélérer sa digitalisation et à innover pour fidéliser sa clientèle.

Par ailleurs, les fintech et les opérateurs de paiement mobile continuent de gagner du terrain, en grignotant des segments historiquement dominés par les banques traditionnelles, notamment les paiements et le microcrédit.

Fiacre E. Kakpo

 

Source : Agence Ecofin

 

TEAM Richbourse

Le manque d'éducation financière ou la méconnaissance des véritables véhicules d'enrichissement sont souvent à la base de la plupart des difficultés financières rencontrées. Spécialisé dans le conseil et l'interprétation objective de la santé financière des sociétés cotées de la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières), notre objectif est de vous faire découvrir les bases de l'indépendance financière par la bourse.


ARTICLES CONNEXES


SIB : le coût du risque recule de 75 % au premier semestre 2026


SOYEZ LE PREMIER À REAGIR À CET ARTICLE


Pour poster un commentaire, merci de vous identifier