Avec des indicateurs toujours au vert, jusqu'où peut aller Sonatel ?

Par TEAM Richbourse, le 24 Février 2025



Avec des indicateurs toujours au vert, jusqu'où peut aller Sonatel ?

Avec des indicateurs toujours au vert, jusqu'où peut aller Sonatel ?

(Agence Ecofin) - Sonatel boucle l’année 2024 avec des résultats financiers solides, une croissance et une rentabilité soutenue. Mais le groupe entre désormais dans une phase plus délicate, où les contraintes réglementaires, fiscales et concurrentielles pourraient limiter son expansion.

L'année 2024 s’achève sur une nouvelle performance pour Sonatel. L’opérateur télécoms boucle l’année avec un chiffre d’affaires de 1 776,4 milliards FCFA, en hausse de 9,6 %, et un résultat net qui bondit à 393,7 milliards FCFA (+18,7 %). Une performance qui consolide sa position de leader sur le marché ouest-africain, où il domine au Sénégal, Mali, en Guinée, Guinée-Bissau et Sierra Leone, avec entre 55,6% et 74,7% de parts de marché. 

Derrière ces chiffres, un moteur bien huilé : la croissance du haut débit mobile, l’essor de la fibre et l’expansion continue d’Orange Money. Des paris gagnants, pour l’instant. Mais la machine Sonatel peut-elle encore accélérer sans rencontrer d’obstacles ? Surtout dans un contexte où la fiscalité se durcit, la concurrence se structure, et les investissements nécessaires pour rester en tête explosent.

Une dynamique qui ne faiblit pas

Rien ne semble arrêter Sonatel. Depuis 2019, son chiffre d’affaires a progressé de 50,7 % et son résultat net a doublé. Une ascension qui repose sur une stratégie offensive : 300,5 milliards FCFA investis en 2024, en hausse de 18,5 %, principalement pour étendre son réseau à fibre otpique, renforcer la 5G et doper ses services financiers numériques.

La Data mobile reste le premier levier de croissance, avec 22,8 millions d’abonnés, en hausse de 19,7 %. Parmi eux, 17,9 millions utilisent la 4G, soit 24,4 % de plus qu’en 2023. Un engouement qui propulse les revenus data à 641 milliards FCFA (+19,8 %), soit désormais 36,1 % du chiffre d’affaires global.

Le haut débit fixe, longtemps en retrait, accélère lui aussi. 106,5 milliards FCFA de revenus, 916 800 abonnés (+23,8 %), dont 473 200 séduits par l’offre fibre (+48,3 %). Sonatel pousse fort sur ce segment, qui ne représente encore que 6 % de son chiffre d’affaires, mais dont la rentabilité à long terme en fait un enjeu clé.

Orange Money : toujours plus gros, mais sous pression

Sonatel n’est plus seulement un opérateur télécoms, c’est aussi un acteur financier. Orange Money génère désormais 191,3 milliards FCFA (+16 %), avec 12,6 millions d’utilisateurs actifs (+8,4 %). Une activité devenue centrale, qui pèse près de 10 % du chiffre d’affaires du groupe.

Mais cet atout pourrait devenir un point faible. Les banques et fintechs entrent dans l’arène, bien décidées à capter une part du marché. Les régulateurs, eux, serrent la vis. Taxation croissante sur les transactions mobiles, restrictions sur le nombre de SIM par utilisateur, plafonnement des frais cash-out, les obstacles se multiplient.

Au Sénégal, l’État, en difficultés, cherche des ressources fiscales supplémentaires et pourrait alourdir la taxation sur le mobile money. En Sierra Leone, Sonatel a déjà dû réduire ses frais de retrait Orange Money à 1 %, après l’arrivée de Wave, un concurrent aux tarifs cassés.

Face à ces menaces, Sonatel riposte en diversifiant son offre : microcrédits, assurances mobiles, services B2B. L’objectif est de verrouiller le marché avant que la concurrence ne se structure davantage.

EBITDA en hausse 

Les performances financières restent solides. L’EBITDAal, qui mesure la rentabilité opérationnelle en excluant les charges non récurrentes et les amortissements, atteint 839,2 milliards FCFA (+12,3 %), soit une marge de 47,2 %. Une rentabilité qui permet à Sonatel de résister à la concurrence et de financer ses infrastructures.

Si Sonatel affiche des performances financières remarquables, sa valorisation boursière reste contenue. Le Price Earnings Ratio (PER), indicateur de valorisation, est tombé de 13,5 en 2019 à 6,71 en 2024. Ce niveau suggère que le marché sous-évalue peut-être la rentabilité et le potentiel de croissance du groupe. Cette situation pourrait attirer de nouveaux investisseurs, notamment ceux en quête d’un titre stable qui offre un rendement élevé dans le secteur des télécoms africains. L’action a atteint vendredi 21 février son plus haut sommet, soit 26 425 FCFA. Elle a progressé de plus de 50% sur un an. 

Des actionnaires gâtés

Les actionnaires ne sont pas oubliés. Sonatel leur verse un dividende de 1 839 FCFA par action, contre 1 575 FCFA en 2023. Un jackpot de 176,1 milliards FCFA redistribué.

Mais le taux de distribution recule à 44,7 %, contre 53,1 % l’année précédente. Traduction : Sonatel garde davantage de cash pour financer sa croissance.

Et pour cause. Les investissements explosent. Ils représentaient 16,9 % du chiffre d’affaires en 2024, avec une priorité donnée à la 5G et à la fibre. Une stratégie nécessaire, mais qui mettra du temps à être rentabilisée. Tant que l’adoption de la fibre et de la 5G ne suit pas, ce sont des centaines de milliards immobilisés.

D’autant que le marché arrive à saturation, et que seule la diversification des usages de la 5G et du mobile money garantira la rentabilité. Le taux de pénétration du mobile dépasse les 100 % dans tous les pays où opère Sonatel, sauf en Sierra Leone (95 %). Plus compliqué, l’inflation galopante en Guinée (11 %) et en Sierra Leone (36,6 %) menace la consommation des ménages. Smart cities, IoT et microcrédits et autres produits financiers deviennent des relais de croissance indispensables face à la concurrence et à la pression réglementaire.

Fiacre E. Kakpo

 

 

 

Source : Agence Ecofin

 

TEAM Richbourse

Le manque d'éducation financière ou la méconnaissance des véritables véhicules d'enrichissement sont souvent à la base de la plupart des difficultés financières rencontrées. Spécialisé dans le conseil et l'interprétation objective de la santé financière des sociétés cotées de la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières), notre objectif est de vous faire découvrir les bases de l'indépendance financière par la bourse.


ARTICLES CONNEXES


SIB : le coût du risque recule de 75 % au premier semestre 2026


SOYEZ LE PREMIER À REAGIR À CET ARTICLE


Pour poster un commentaire, merci de vous identifier